Homélie du mardi 29 mai 2018, 8e semaine du TO, année B

Juste une petite réflexion que je partage avec vous ce soir, une réflexion qui a alimenté ma prière de ce jour. Situons le contexte ! L’évangile d’aujourd’hui fait suite à celui d’hier : ce jeune homme qui se met à genoux devant Jésus et qui lui pose une question : “Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ?“ Il repart tout triste après avoir entendu la réponse de Jésus et, à la fin, Jésus explique en particulier à ses disciples : “Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille…“

La phrase de Pierre aujourd’hui marque, à la fois une certitude et, en même temps, une surprise : “Voici que nous avons tout quitté pour te suivre.“Et alors ? Et nous ?

La réponse de Jésus est une promesse pour les Apôtres et aussi pour chacun d’entre nous. Comprenons que cette parole vaut aussi pour chacun de nous aujourd’hui : “Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple.“ Tout y est, pourrait-on dire pour que nous puissions imaginer que nous avons la “sphère idéale du bonheur“ : la maison, la terre, la sécurité, les horizons familiers, les partenaires du bonheur, frères, sœurs, parents, père, mère, c’est-à-dire le contexte heureux dont chacun de nous a besoin.

Mais tout cela comme le dit saint Pierre, (et peut-être le disons-nous nous-mêmes à sa suite ?), nous l’abandonnons, nous le laissons, nous le donnons dans notre engagement pour le Christ.

Puisque nous sommes sur cette terre, des pèlerins pélegrinants (et sur cette Terre sainte, c’est bien le cas de le dire), Jésus aurait pu aller d’emblée à l’essentiel et dire : « Ceux qui ont tout quitté recevront la Vie éternelle dans le monde à venir. » Il aurait pu prendre directement cette option et je le traduis avec mes mots : « Aujourd’hui, je mange mon pain noir et demain, la vie sera meilleure. »

Eh bien non ! Jésus va mettre une petite incise qui va entièrement changer cette vision. Il va s’attarder sur le temps du passage sur cette terre et sur ce que nous avons à vivre en ce temps déjà.

Et c’est ce temps à vivre déjà qui a marqué toute ma prière en ce jour, car ce temps est aussi le temps d’une richesse. Bien sûr, il nous faut viser le ciel, mais nous avons à vivre ici quelque chose d’important ! Littéralement, dès maintenant, nous recevons le centuple pour continuer à vivre au jour le jour, notre mission de témoins du Christ.

Comment ? Parce que nous avons encore à aimer.

Pourquoi ? Parce que nous avons à être aimés, personnellement.

Nous comprenons bien que le Royaume de Dieu ne peut pas faire l’économie de l’amour dès notre vie terrestre. Impossible de dire : « On va s’aimer plus tard ! » Aimons-nous en ce temps déjà ! Nous avons quelque chose à vivre et à expérimenter dès maintenant ; c’est ce “centuple“ qui est à la fois une richesse et une pauvreté. C’est la fraternité que nous avons à vivre plus particulièrement ; c’est l’amour fraternel que nous sommes invités à vivre. Avec des sœurs et des frères, ce “centuple“ nous est donné maintenant, pour ce temps-ci, au service de la mission.

Voilà ce que nous avons à vivre ici, dans ce temps qui est déjà le nôtre ! Gardons dans le cœur cette certitude : le Christ n’enlève rien, Il rend tout au centuple !

Puissions-nous vivre l’instant présent dans cette capacité à aimer et à se laisser aimer. Ce sont les frères et les sœurs autour de nous, qui vont nous permettre d’expérimenter et de vivre cet amour fraternel.

 

Ainsi soit-il !

Date Homélie
Lectures
Évangile selon saint Marc 10, 28-31. Première lettre de saint Pierre 1, 10-16. Psaume 97
Année liturgique
B
Jour
Homélie du mardi 29 mai 2018, 8e semaine du Temps Ordinaire
Temps liturgique
Temps ordinaire
Prédicateur
Son de l'homélie
Lieu
Tibériade

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Homélie du dimanche 8 juillet 2018 - 14e dimanche du Temps Ordinaire. Année B

Chers frères et sœurs, en écoutant les textes de ce dimanche, il est possible que certains ne soient
pas totalement “fans“ des lectures que nous venons d’entendre ! Pourtant, ces lectures nous conduisent
au centre même de notre Foi.
Pourquoi dis-je que certains d’entre vous sont peut-être “pas trop fans“ ?
- Dans la première lecture, le prophète sait qu’il va au-devant des contradicteurs et de leurs
contradictions,
- Jésus, dans l’évangile, connaît l’échec dans son propre village,
- Saint Paul raconte, dans la deuxième lecture, comment il a été humilié.
Contradiction ! Échec ! Humiliations !

Que puis-je comprendre ? Comment comprendre que cette eucharistie que nous allons vivre
ensemble, va m’aider à accepter mes échecs, toutes ces difficultés mais humblement et avec confiance,
“car lorsque je suis faible, c’est alors que, avec Jésus, je suis fort“. Ce 14e dimanche du temps
ordinaire (au début de nos vacances) nous donne une double clé de lecture à travers deux situations que
l’on pourrait dire paradoxales et surprenantes, mais essentielles à bien comprendre :
- l’une est tirée de l’Évangile,
- et nous trouvons la seconde dans la lettre de Paul aux Corinthiens.
Prenons d’abord l’Évangile ! Une cruelle déception attend donc Jésus dans son village. « Jésus est
parti pour son pays », accompagné de ses disciples. À son sujet, les gens n’expriment que des louanges.
Il prêche comme jamais homme n’a prêché. Il fait même des miracles et des signes prodigieux !
Extraordinaire !
On s’attendrait donc à ce que, dans la synagogue, parmi les siens, ce soit la fête, et même une très
grande fête. Eh bien, ce n’est pas ce qui se passe, bien au contraire. L’enfant du pays est bien mal
accueilli. En effet, ses compatriotes ne peuvent accepter que“ le charpentier“, “le fils de Marie“ puisse
être celui qu’on dit qu’il est, ni qu’il réalise ce qu’on dit qu’il réalise. Ils connaissent trop bien Jésus,
c’est-à-dire trop mal ! Et l’évangéliste précise qu’ils “étaient profondément choqués à son sujet.“ (Cela
nous arrive aussi !)
Cette situation est un enseignement pour nous, un enseignement qui devrait nous interpeller !
Comment accueillons-nous ... ou pas, celles et ceux qui, tout proches de nous, sont des témoins de
Dieu ? Comment nous les écoutons-nous ... ou pas ?
Cet homme ou cette femme, ce paroissien, cette paroissienne, ce membre de notre famille que je
connais bien qui, au nom du Christ, remet en cause certaines de mes manières d’agir ou de penser. Nous
connaissons bien tous ces proches (familles, paroissiens), et comme nous savons leurs défauts et leurs
faiblesses ... nous pourrions peut-être être enclins à dévaloriser leurs témoignages, à ne pas écouter ce
qu’ils sont en train de me dire, au nom du Christ. Jésus disait, hélas à juste raison : “Un prophète n’est
méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison“... nous pourrions ajouter : dans sa propre
paroisse !
Aie ! Nous pouvons être soit la personne rejetée, soit être celle qui rejette ce témoin !
Relisons ensemble maintenant la seconde lettre de saint Paul aux Corinthiens. Elle nous fait
toucher du doigt une autre situation paradoxale. Paul exprime un écho de nos limites quand il affirme : «
Ma puissance, dit Dieu, donne toute sa mesure dans la faiblesse » !
Là, nous sommes en présence d’un véritable questionnement qui traverse le temps !
Reconnaissons-le : nous n’aimons pas la faiblesse ! Ou plutôt, nous n’acceptons pas la faiblesse ! Nous
n’acceptons pas d’être faible, que ce soit à travers nos incapacités, nos manques, dans la maladie ou
dans certains événements de notre vie.

Que nous dit la société depuis notre enfance ? « Il faut être riche, savant, en parfaite santé, avec un

savoir pour dominer les autres... pourquoi ? Pour prétendre réussir sa vie, parbleu ! » Le bonheur serait-
il donc à ce prix ?

Ce n’est pas ce que nous dit saint Paul. Dieu se plaît à faire du grand et même du très grand, en
passant par les petits, les pauvres, les modestes, ceux qui ne se prennent pas pour le centre du monde et
ceux qui ne se prennent pas pour le “Bon Dieu“ ! Dieu fait grand à travers nos pauvretés !

Dieu fait grand à travers nos pauvretés !

Pour beaucoup, la logique de Dieu semble nous échapper ! Sans doute nous faut-il du temps pour
comprendre cette logique !
Nous avons pourtant, des exemples incroyables autour de nous ! Pensons à la simplicité de Marie,
ou à saint Paul, comme nous venons de l’entendre. Ou bien encore, comme je vous le disais au début de
cette célébration, quand je suis allé rendre visite au père Michel Ferradou ! Il était sur son lit, bien, bien
fatigué, amaigri ! Je suis persuadé, et lui-même le sait, malgré sa faiblesse, et une situation qui le
dépasse : Dieu continue à faire grand à travers lui ! Saint Paul a beau supplier le Seigneur de le délivrer
de cette mystérieuse “écharde dans sa chair“ : rien n’y fait. Il semble même que cette pauvreté fasse
partie de la condition du prophète : il est indispensable qu’il paraisse faible devant ses interlocuteurs,
afin qu’il soit évident aux yeux de tous que c’est la puissance de Dieu qui passe et se déploie à travers
lui (2 Co 4, 7). Oui ! Dieu aime travailler ainsi et réalise de belles et de grandes choses à travers nous...
Il me semble que pour nous, il y a là une leçon de confiance, une invitation à la confiance.
Sans doute connaissez-vous Albert Einstein, ce grand savant ? Il disait : “Tout le monde peut être
un génie ! Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire
qu'il est stupide.“
À chacun selon ses grâces et ses charismes, et nous en avons tous ! Ne nous laissons pas
submerger par nos impuissances, nos peurs, nos timidités, nos faiblesses : mettons-nous plutôt au
service du Seigneur ! Demandons-lui d’accomplir pour nous ce qu’il a réalisé et qu’il réalise encore
pour tant d’autres. Comme saint Paul, nous avons à accueillir cette parole de Dieu : “Ma grâce te suffit
: ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse“. Je vous propose même de l’écrire en grand et
de l’afficher à un endroit devant lequel vous passez régulièrement ; le miroir de votre salle de bains par
exemple...

“Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse“.
Chers frères et sœurs, nous sommes ici au cœur de la foi, au centre de notre foi.
Ce n’est pas nous qui allons sauver le monde ; c’est bien Dieu qui, passant même dans nos
faiblesses, sauve le monde. Aujourd’hui encore : c’est à chacun de nous que Jésus dit, même si nous
sommes rejetés, même si nous sommes signe de contradictions : « Ne crains pas ! Crois seulement !
Continue de témoigner ! »
Frères et sœurs, accueillons Jésus avec gratitude, avec humilité, accueillons nos frères et nos

sœurs, tous ceux que nous côtoyons, les membres de nos familles, mais aussi accueillons-nous, nous-
mêmes tels que nous sommes, dans nos faiblesses et nos pauvretés, avec nos joies et nos charismes ! La

force ne procure que des réussites illusoires ; nous le savons bien ! Reconnaitre nos propres fragilités
permet à Dieu de nous rejoindre, d’habiter nos mots, d’habiter nos gestes et notre vie tout entière.
Avez-vous remarqué que les gens que nous respectons et qui nous touchent sont souvent celles et
ceux qui construisent leur vie et leur mission dans le monde à partir de leurs fragilités, souvent dans une
réelle pauvreté ? En agissant de la sorte, nous apprenons à nous accepter tels que nous sommes, tels
que Dieu nous aime, pour avancer sur le chemin de notre vraie mission !
Alors n’ayons pas peur ! Osons faire confiance et rendons grâce au Seigneur en toute occasion !
Ainsi soit-il !

Date Homélie
Lectures
Évangile selon st Marc 6, 1-6. Livre du prophète Ézéchiel 2, 2-5. Psaume 122. Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 7-10
Année liturgique
B
Jour
14e dimanche du temps ordinaire
Temps liturgique
Temps ordinaire
Prédicateur
Lieu
Eglise saint Louis, Grenoble

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Homélie du dimanche 15 juillet 2018, 15e dimanche du temps ordinaire, année B.

Quelle belle page d’évangile venons-nous d’entendre !


Jésus appelle ses disciples, pourquoi ? Pour les envoyer en mission ! Les consignes qu’il leur donne sont claires ; elles sont simples : inutile de s’encombrer pour prendre la route ! Pas la peine de préparer une grande valise pour partir : pas de pain, pas d’argent, par d’autre tunique que celle qu’ils portent sur eux.


En ce mois de juillet (nous sommes déjà à la mi-juillet !), nous recevons quelques pistes intéressantes, judicieuses pour chacun de nous, afin que ce temps estival soit aussi l’occasion, pour nous, d’annoncer le Christ et d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.


Quand Jésus appelle donc les Douze, et il les introduit dans sa propre mission ; Ce n’est pas la mission des Douze, ce n’est pas chacun sa mission, mais c’est la même mission du Christ qui continue par les Douze.
- Que leur donne-t-il ? Deux points :
• Le premier est le pouvoir de guérir les personnes malades, c’est-à-dire de faire reculer, comme Il le fait lui-même, toute souffrance et toute mort. Il leur donne aussi le pouvoir de guérir et de soulager toute désespérance, car nous le savons bien, en chacune de nos vies, il
y a des choses, des points, qui ont besoin d’être guéris, des choses qui ne vont pas très bien et qui ont besoin soit d’une guérison physique, soit d’une guérison morale.
• Le deuxième point : Jésus leur donne autorité ; une autorité sur l’esprit du Mal, une autorité sur Satan, c’est-à-dire qu’il donne à chacun la capacité de débusquer l’emprise du démon dans le cœur des hommes, ce qui est mal, tout ce qui est pesanteur, et d’aider chacun
à se libérer, à se pacifier et à se tourner vers Dieu ; c’est-à-dire à trouver une raison de vivre, un sens à sa vie et, en même temps, une espérance. Que fait le démon en chacun de nous ? Il nous fait désespérer de nous-mêmes et des autres !
- Que demande Jésus à celles et ceux qui vont être porteurs de son message de conversion et de miséricorde ?
Il leur demande de travailler ensemble ; nous le savons bien, “un chrétien isolé est un chrétien en danger“. Il est important que nous formions une communauté. La mission n’est pas une mission solitaire, elle est un travail à mener ensemble, en communauté. C’est pourquoi Jésus les envoie “deux par deux“ :
Pourquoi ?
• Pour qu’ils se soutiennent car parfois la solitude des témoins est redoutable,
• Parce que parfois aussi, dans un monde sans repères et souvent hostile, le témoignage
d’une communauté forte et fraternelle est essentiel.
Ils iront donc deux par deux :
• Pour qu’ils puissent se concerter et réaliser ensemble leur action,
• Pour affiner leur manière de témoigner, pour montrer que vivre avec des frères et des sœurs
est faisable (même si c’est parfois difficile), que cela donne du courage, et surtout, pour
vivre aux yeux de tous, la charité qu’ils prêchent.
Il est toujours difficile de témoigner de ce dont on ne vit pas ! Comment proposer à quelqu’un de

prier si je ne prie pas moi-même ? Comment inviter quelqu’un à venir à la messe le dimanche, si moi-
même je n’y vais pas ? Comment parler d’une dynamique de compassion si moi-même, je n’arrive pas à

être compatissant ? Comment dire que nous avons une communauté chaleureuse et fraternelle, si nous
vivons chacun de notre côté ? Sans aucun doute, une des premières missions qui pourrait être la nôtre, ce
serait de nous aimer, en vérité et en charité...

Puis Jésus, comme nous venons de l’entendre, leur demande de rester “léger“ sur la route. Certes,
ils vont disposer de moyens d’action normaux et bien adaptés, de bonnes sandales de marche, d’un bâton
pour chasser des animaux sauvages, serpents et chiens, pourquoi pas ? Mais il leur demande aussi de ne
pas avoir de bagages inutiles, pas deux tuniques par exemple, mais une seule tunique ! J’aurai l’occasion
de revenir à la fin de cette homélie sur cette question : pourquoi ne prendre qu’une seule tunique ?
Frères et sœurs, dans la mesure où nous avons décidé de servir ensemble le Seigneur, nous
devenons des “itinérants“ ! Nous le savons bien, sur cette terre, nous sommes des pèlerins, tout
particulièrement d’ailleurs en ce temps estival, car nous allons bouger, rencontrer nos familles, des amis.
Nous pouvons devenir au nom de Jésus, des hommes et des femmes “dérangeables“, abordables : des
hommes et des femmes disponibles. Il nous revient d’être à la fois attentifs à chacun sans exception et, en
même temps, de rester des chrétiens en route, des chrétiens en éveil, des croyants en missions.
Cela sera d’autant plus facile si nous restons légers sur notre route et cette légèreté est une grâce à
demander en vue de témoigner du Christ !
Mais quel témoignage puis-je donner ?
Il est à la fois simple et exigeant. Quel autre témoignage pourrions-nous donner si ce n’est le
témoignage de l’amour ? C’est ce que suggère à nouveau la consigne de partir deux par deux ! Ce n’est
pas tant le discours (même s’il est très éloquent) que la manière dont je vis au sein de la communauté qui
importe : l’amour fraternel se doit d’être visible ! Rappelez-vous cette phrase dans l’évangile de saint
Jean : “C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaitra que vous êtes mes
disciples.“
À la question : quel témoignage puis-je donner ? La réponse est simple :
Le témoignage de l’amour !

Dans notre monde de plus en plus individualiste, nous savons bien combien ce témoignage est
important et exigeant ! Savez-vous ce qui caractérise l’amour ? C’est une pauvreté qui signifie
littéralement : j’ai besoin de l’amour de l’autre. Nous nous faisons pauvres de l’amour de l’autre. Nous
constatons que lorsqu’une personne nous dit : « Je ne t’aime pas ! », nous en sommes heurtés et
profondément blessés... Pourtant, je ne peux pas obliger l’autre à m’aimer ! Toute personne est libre,

libre de m’aimer ou non. Plus encore, Dieu se fait mendiant de notre amour ; combien de fois pouvons-
nous dire à Dieu que je ne l’aime pas, que je ne veux plus entendre parler de Lui ? Dieu dit : « Comme

c’est dommage ! J’ai plein d’amour à te donner, mais je ne peux pas t’obliger à l’accueillir et à
m’aimer. » Il y a comme un désir personnel et volontaire d’aimer Dieu et d’aimer l’autre. L’amour
montre une certaine vulnérabilité, car celui qui aime est désarmé. On comprend donc l’insistance de
Jésus sur la pauvreté des moyens à utiliser, et même sur la vulnérabilité des disciples-missionnaires C’est
ce que Jésus va choisir de faire pour chacun de nous sur la croix ! Nous le savons bien : il n’y a pas de
plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, écrit saint Paul aux chrétiens de Corinthe, ou
encore : “ C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous.“ Paul ira
même jusqu’à s’enorgueillir de sa faiblesse car la puissance de Dieu éclate alors par contraste dans les
“vases d’argile“ que sont les apôtres.
N’oublions pas ! Si l’annonce de l’évangile est parvenue jusqu’à nous, si nous sommes dans cette
église aujourd’hui, dans cette paroisse, deux mille ans après la venue du Christ, c’est parce que des
apôtres ont eu l’audace de partir sur les routes pour l’annoncer !
Si une poignée d’hommes et de femmes ont pu répandre leur foi au Christ dans tout l’Empire
romain et bien au-delà, comprenons que nous pouvons, nous aussi, participer à cette mission, pour peu
que nous nous laissions animer et transformer par le même feu de l’Esprit Saint ! C’est ce que demande
notre Seigneur à chacun de nous, c’est ce que le Pape François ne cesse de rappeler.

Le monde a réellement besoin de disciples-missionnaires témoins de l’amour de Dieu !
Peut-être devons-nous entendre cet appel, cette nécessité de reprendre notre bâton de pèlerin ?
Certains vont me dire qu’ils sont trop âgés, trop fatigués, trop douloureux, pas assez bien pour répondre à
cet appel... Mais non ! Quelque soit notre âge, quelque soit notre façon d’être, nous pouvons toujours

passer un “coup de fil“, rencontrer un voisin, une voisine. Quand nous sortons faire nos courses ou un
petit tour, quelque chose doit passer, se montrer à travers nous, rayonner de l’amour du Christ ! C’est là
que le Christ nous attend.
Alors, deux questions se posent pour nous, ce matin :
- Première question : en ce temps estival, vais-je mettre sous silence mon appartenance au Christ ?
Vais-je mettre ma foi “en vacances“ de Jésus ? Vous connaissez la réponse, elle est évidente : c’est non !
Non, bien au contraire ; profitons de ce temps pour annoncer le Christ !
- Deuxième question : chaque matin n’est-il pas le temps d’un nouveau départ pour la mission que
le Seigneur nous confie ? La réponse est oui ! Oui, chaque matin, je dois avoir un nouveau réflexe et me
demander humblement et pauvrement : à qui vais-je parler pour annoncer Jésus ?
Frères et sœurs, nous sommes en plein été et ce temps de vacances est un bon moment pour choisir
cette douce et ferme résolution de “recharger nos batteries“, de prendre le temps d’une retraite, de trouver
le temps de la prière, de lire un livre nourrissant, et aussi, avec discernement, d’oser partager ma foi et
mon amour de Jésus avec celles et ceux que nous allons rencontrer.
Une dernière remarque : pourquoi Jésus nous dit-il : “Ne prenez pas de tunique de rechange.“
Pourquoi cette consigne ?
C’est tout simplement parce que notre tunique est unique ; notre tunique est celle de notre baptême.
Le jour de notre baptême, nous avons été revêtus du Christ ; nul besoin d’un autre vêtement que celui que
nous avons reçu ce jour-là !
Nul besoin de bagage particulier ou spécifique pour annoncer la Bonne Nouvelle ! Il nous faut juste
nous rappeler que Jésus nous aime tels que nous sommes, et qu’il nous faut partager cet amour !
Demandons cette grâce de la mission pour notre communauté rassemblée, pour notre paroisse et
plus largement, pour le monde ; non pas une mission tout seul, mais ensemble, une mission qui
apporte guérison et autorité sur l’esprit du Mal, une mission qui soit porteuse de la Parole de Dieu, car
nous avons rencontré le Christ !
AINSI SOIT-IL !

Date Homélie
Lectures
Évangile selon saint Marc 6, 7-13. Livre du prophète Amos 7, 12-15. Psaume 84. Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 1, 3-14.
Année liturgique
B
Jour
15e dimanche du temps ordinaire
Temps liturgique
Temps ordinaire
Prédicateur
Lieu
Messe célébrée en la collégiale St André, Grenoble