Étiez-vous à la messe dimanche dernier ? Vous rappelez-vous l’évangile que nous y avons lu ?

Année A.

Étiez-vous à la messe dimanche dernier ?
Vous rappelez-vous l’évangile que nous y avons lu ?
C’est vrai, c’est à la fois loin et tout proche... Il y a sept jours, nous avons lu un évangile qui est
juste avant celui-ci. Vous en souvenez-vous ? C’était la profession de Pierre à Césarée ! Jésus avait
posé la question : « Que disent les autres de ce que je suis ? » et puis, il s’était adressé à ses disciples :
“Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?“ L’Apôtre Pierre avait répondu : “Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant !“ Admirable réponse ! Nous étions alors dans l’évangile selon saint Matthieu
16, 16.
La profession de foi de Pierre va marquer un changement notable dans l’évangile : il y a un “avant“
et un “après“. Quand Pierre reconnaît : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !“, il dit quelque chose
d’essentiel. Pierre s’appuie sur les signes et les miracles que Jésus accomplit, il s’appuie aussi sur la
vigueur de son enseignement ainsi que sur le chemin qu’ils ont parcouru ensemble.
Remarquons que le “chemin à la suite de Jésus“ a construit, plus ou moins consciemment dans la
pensée de Pierre, l’image d’un Messie qui sera vainqueur des difficultés de ce monde. C’est d’ailleurs
et toujours cette même image que redit l’attente du Messie par Israël.
Et nous-mêmes, quelle image avons-nous de Jésus ?
L’imaginons-nous “superman“, comme quelqu’un qui peut tout ?
Posons-nous cette question : quelle représentation nous faisons-nous de Jésus ?
Le texte d’aujourd’hui est donc la suite à l’évangile de dimanche dernier, nous montre à nouveau
Jésus, Pierre et les disciples. Mais la situation est comme “retournée“ : Pierre est le même mais, voilà
qu’il répond complètement à côté : il ne comprend pas l’annonce que vient de faire Jésus... Il récuse
ce choix ! Jésus vient de révéler son devenir : il annonce sa Passion, qu’il va être tué, qu’il ressuscitera
le troisième jour. Pierre entend, mais il refuse la souffrance, la mort de Jésus, un peu comme s’il
pensait : « Mais non ! Impossible ! Cela ne peut pas t’arriver ! »
Quant à Jésus, son annonce est tout autre ! Il est en train d’expliquer le don de sa vie pour nous (et
c’est important de le comprendre) et de dire qu’il n’y a pas de véritable amour sans sacrifice !
C’est pour cela que Jésus dit à Pierre cette phrase violente : “Passe derrière moi, Satan !“
Littéralement : « Tu es en train de diviser, tu ne comprends pas. En faisant ainsi, tu accomplis l’œuvre
du Diabolos, le diviseur. »
- Comment comprendre cette phrase ?
- Est-elle pour nous ?
- Qu’est-ce Jésus veut dire à chacun de nous, ce matin ?
Si nous percevons bien cette incapacité de Pierre et des disciples à entrer spontanément dans ce
chemin difficile, peut-être cela peut-il nous aider à percevoir nos propres difficultés par rapport à la
personne du Christ ? D’où la question posée tout à l’heure :
Quelle représentation nous faisons-nous de Jésus ?
Les principales erreurs ou résistances que nous commettons, ou que nous éprouvons, ne concernent
pas simplement la vie de Jésus, elles touchent aussi à notre propre vie. Si nous avons du mal à
reconnaître le Messie, le Fils de Dieu dans Jésus de Nazareth, condamné, crucifié, mort et ressuscité,
ce n’est pas simplement parce que ce pourrait être difficile à croire ou à comprendre, c’est aussi parce
que cela dévoile notre vie, le chemin de notre propre vie avec ses souffrances et les croix que nous
portons.

Au fond de nous-mêmes, nous savons que nous refusons toutes souffrances et toutes croix ;
Comme Pierre, nous refusons d’entendre, nous nions toute souffrance quand, de son côté, le
Seigneur affirme qu’il n’y a pas de véritable amour sans sacrifice. Quand Jésus nous dit : “Il n’y a pas
de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis“, il affirme la même chose. Il suffit d’évoquer
certaines situations douloureuses pour comprendre que l’amour parfois, “coûte cher “ !
- Pardonner à un ennemi qui nous a blessé, humilié : difficile !
- Aimer fidèlement un conjoint malgré les désaccords et la maladie. Pas facile ! Le véritable amour
requiert des sacrifices, nous le voyons bien !
- Persévérer dans l’amour de nos enfants quand ils nous font enrager, ou “tourner en bourrique“ :
parfois héroïque !
- Garder le sens du partage quand tout, autour de nous, nous incite à entasser et à dépenser pour soi :
courageux !
- Rester honnête dans les affaires quand les règles économiques et politiques sont celles de la
jungle : c’est exemplaire !
- Gagner sa vie sans tricher, sans frauder : c’est être déterminé !
- Prendre parti pour les pauvres et les délaissés de notre société : c’est exigeant !
- Se dire chrétien et pratiquant dans un milieu laïc et incroyant : c’est audacieux !
Nous faisons donc ce constat : il n’y a pas de véritable amour sans des difficultés qu’il nous faudra
accepter, dépasser, surmonter, vivre des sacrifices. Nous pourrions tous trouver de nombreux exemples
de cet amour difficile qui demande abnégation, choix et renoncements.
Pour aimer de façon authentique comme Jésus nous aime, comme Jésus nous invite à aimer à sa
suite, il nous faudra y mettre le prix et, sans aucun doute, une véritable détermination. Comme Jésus
nous le rappelle : “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.“
Trop souvent nous raisonnons à la manière des hommes alors que Jésus nous invite à réfléchir et à
poser notre vie à la manière de Dieu. En choisissant l’amour avec tout ce que cela comprend de
souffrances, nous construisons une vie en abondance qui s’épanouit en vie éternelle ; tout simplement
parce que l’amour est bon, l’amour est nécessaire ; nous avons véritablement besoin d’aimer et d’être
aimés.
Professer la foi en Christ, vouloir être ses disciples (et si vous êtes ici ce matin, c’est parce que vous
avez ce désir au fond de votre cœur), marcher à la suite du Christ, n’est pas seulement une intention de
cœur (un peu à la façon des bisounours) mais c’est un changement de cap, une transformation de notre
manière de vivre, de notre manière de comprendre la vie qui est la nôtre et la société dans laquelle
nous vivons : Jésus nous appelle à une véritable conversion ;

Suivre le Christ fidèlement et simplement.

- Dans le chapitre précédent le texte de ce jour, Pierre a fait cette expérience: “Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant !“.
- Aujourd’hui, il entend la parole de Jésus : “Passe derrière moi, Satan !“
Par ses hauts et ses bas, le cheminement de Pierre est aussi notre cheminement ; petit à petit, nous
comprenons à quel amour, Dieu nous appelle.
Si vous le voulez bien, frères et sœurs, prions pour chacun de nous, prions pour notre conversion
afin que nous entendions l’appel de Dieu adressé à tous.
Puissions-nous y répondre, même si parfois ce sera difficile, et tout donner à Celui qui est la Vie !
Demandons cela pour chacun de nous ici rassemblés, pour nos familles, notre paroisse et pour le
monde !
AINSI SOIT-IL !

Date homélie
Lieu
Messe célébrée à Grenoble, église saint Pierre
Illustration
Bible ouverte
Prédicateur
Temps
Temps ordinaire
Référence textes
Évangile selon saint Matthieu 16, 21-27. Livre du prophète Jérémie 20, 7-9. Psaume 62. Lettre de saint Paul aux Romains 12, 1-2