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Homélie du dimanche 16 décembre 2018 - 3e dimanche de l’Avent, dimanche de Gaudete. Année C

Frères et sœurs, nous l’avons compris : nous vivons aujourd’hui le dimanche de la joie ! Je ne sais pas si votre cœur est joyeux ou non ? Le mien est plutôt dans la joie. Comme je vous le disais en préambule tout à l’heure, la couleur rose de ma chasuble essaie de traduire cette joie.

Pourquoi un tel dimanche ? Les chrétiens font écho et sont porteurs, au plus profond d’eux-mêmes, du plus formidable message de joie et de bonheur, même si cela ne se voit pas forcément sur notre visage, mais le Seigneur est là ! Il vient ! Il est avec nous ! Il est l’Emmanuel, Dieu avec nous pour toujours ! C’est une certitude et c’est la cause de notre joie.

- Déjà, cette bonne nouvelle était annoncée dans le Premier Testament. Le prophète Sophonie, lui aussi, nous invite dans la première lecture, à bondir de joie, à faire avec Dieu, un “tour de danse“ : “Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations !“ Tressaille d’allégresse : “Le Roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.“

- Dans la lettre aux Philippiens, saint Paul surenchérit : “Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie.“

En observant nos visages, nous pourrions nous poser une question : sommes-nous réellement dans la joie ? Avec toutes ces invitations, comment faire le contraire ? Je vois déjà quelques sourires dans notre assemblée...

Hier, je me trouvais avec les enfants de l’aumônerie du lycée Pierre Termier ; nous avons lu cet évangile et je leur ai posé une question : « Voulez-vous être heureux ? » Comme vous le savez, les jeunes d’aujourd’hui réfléchissent un peu autrement que nous, alors que nous étions jeunes. « Voulez-vous vivre dans la joie, dans cette joie que le Seigneur veut vous donner ? » leur ai-je demandé. Les réponses étaient intéressantes et très précises. Bien sûr, la réponse était “oui“... mais pas n’importe comment ; aidez- nous !

Vendredi soir, je rencontrais des fiancés pour préparer leur mariage. Préparer un mariage, c’est stimulant ! « Voulez-vous être un couple uni et joyeux ? » leur ai-je demandé. Là encore, après avoir échangé un regard brillant, tous les deux ont répondu “oui“, mais ils avaient des questions intéressantes aussi quand ils voient leurs parents ou leurs amis autour d’eux s’unir puis se désunir : comment faire pour ne pas être comme les autres et rester un couple stable, solide dans le temps ? Aidez-nous !

Et vous-mêmes, réunis ici dans cette assemblée, regardez votre cœur : « Voulez-vous être heureux ? Oui ou non ? » ... Incroyable ! « Voulez-vous être heureux ? » J’ai eu un petit doute durant quelques instants en entendant vos réponses un peu trop faibles. Certains vont me dire, à juste titre, que l’âge et l’expérience leur ont appris que ce n’est pas toujours évident ; ce n’est pas si simple... la vie n’est pas un long fleuve tranquille... Mais, oui ! Au fond de nous, il y a cette certitude que nous sommes faits pour la joie même si cela semble parfois difficile. Nous aspirons tous au bonheur.

Frères et sœurs, vous avez raison de désirer cette joie ; il n’y a pas de honte ni d’inconscience à ce désir ; je le redis : nous sommes faits pour la joie !

Pourtant, une question se pose : cette joie de Dieu est-elle réellement possible en notre vie ? Oui, sans aucun doute, mais attention ! Il nous faut découvrir de quelle joie il s’agit. Que dit le monde lorsqu’il parle de joie ? Nous connaissons la réponse : si nous arrivons à associer la jeunesse, la beauté, la richesse, la gloire, l’harmonie amoureuse et l’enthousiasme tout au long de notre vie, alors, avec le regard du monde : oui, notre vie sera réussie et les médias nous diront que c’est cela être dans la joie ; tel est l’idéal qui nous est proposé, mais nous le savons bien, cette joie sonne creux ; - la jeunesse disparaît au bout d’un certain temps, - la beauté aussi... bien qu’il y ait de jolies rides, - la richesse souvent fluctue au cours du temps, - la gloire ne va pas très loin quand elle est accordée par les hommes et - pour l’harmonie amoureuse, passés les coups de foudre du début, même si l’amour demeure, ce

sera plus calme et

- nous connaissons les différentes phases de l’enthousiasme avec ses hauts et ses bas. De cette joie-là, nous ne pouvons pas être comblés. Notre société nous sature d’images idéalisées et, face à un tel constat :

- soit nous entrons dans une frénésie galopante, dans une surenchère à tout vouloir quel que soit le prix à payer,

- soit nous tombons dans la mélancolie, voire même dans un certain désespoir de penser ne jamais pouvoir être heureux, car ces critères de succès semblent inatteignables ! En nous-mêmes, nous ressentons alors une désolation pleine d’amertume et de tristesse et nous regardons envieux, les grands de ce monde, les acteurs, les sportifs ou les politiciens, croyant qu’ils sont les seuls à pouvoir être heureux. En réalité, la joie n’est pas le plaisir ni le bienêtre de consommation ; encore faut-il le comprendre et l’accepter et ne pas se laisser piéger par la publicité ambiante ! Hier, les jeunes de l’aumônerie m’ont agréablement surpris parce qu’ils avaient déjà fait cette analyse.

Alors, cette joie en Dieu est-elle possible ? Oui, bien sur ! Mais que devons-nous faire ? Remarquez que dans l’évangile, Jean le Baptiste ne parle pas de pénitence ou d’ascèse. De manière très concrète, il répond : oui, mais seulement à trois conditions que nous allons découvrir maintenant :

- La première condition est la conversion. Pour le Baptiste, le chemin de la joie passe par la conversion, conversion du cœur, conversion de l’intelligence. Nous portons en nous un désir de bonheur bien plus grand que nous, et seul Dieu peut dilater notre désir à sa mesure qui est d’aimer sans mesure. Nous ne serons vraiment libres que dans la mesure où nous aimons ; aimer d’un amour de compassion, d’un amour gratuit c’est-à-dire d’un amour qui est décentrement de soi ; cela nous oblige à convertir notre regard, notre cœur, notre intelligence. Il nous faut discerner et avoir l’audace de choisir le bonheur vrai.

- La deuxième condition : accomplir des choses simples poursuit le Baptiste : “Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas... Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort.“ Les chemins du bonheur empruntent ceux du partage et de la justice ; il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ; et pour cela, il nous faut être juste dans notre vie, bienveillant dans notre façon d’agir.

- La troisième condition : être plongés dans le don du pardon. Le Baptiste, après avoir invité à partager sa garde-robe et à ouvrir son garde-manger, appelle à ouvrir son cœur. Il nous invite à nous plonger dans la miséricorde de Dieu. Pour cela, il nous faut comprendre que le péché provoque une rupture de la joie.

Alors, frères et sœurs, à la question : “Que devons-nous faire ?“, l’évangile répond qu’il faut nous convertir, plus particulièrement oser comprendre ce qui, au fond de mon cœur, m’empêche réellement d’être dans la joie ; la vie sans le pardon devient rapidement un enfer. Le pardon est le don gratuit de Dieu, c’est le cadeau de Dieu qui est au centre du sacrement du pardon et de la réconciliation. Me reconnaître pécheur, je peux le faire tout seul. Mais demander pardon à Dieu, si je crie : « Dieu, je te demande pardon ! », je ne suis pas sûr d’entendre la réponse d’une façon claire et directe. Mais m’entendre dire par un autre qui a été ordonné pour cela, par un prêtre : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, je te pardonne tous tes péchés », je ne peux le faire seul. J’ai besoin de l’Église et de ses ministres pour m’entendre signifier le pardon de Dieu, pour que mon cœur revienne dans la paix.

Effectivement, il nous faut nous convertir, nous poser les bonnes questions : « Que devons-nous faire ? », reconnaître que nous avons besoin d’entrer dans un pardon vis à vis de moi-même, vis à vis de Dieu et vis à vis des autres.

C’est alors que la joie est possible et elle devient joie de Dieu et joie en Dieu. Et puis, la joie se partage, elle devient communicative : joie de se savoir aimé de Dieu ! Vous le savez bien, rien n’est reçu qui ne soit donné. Rien n’existe pour soi sinon dans l’autre et pour l’autre. Rien ne dure sinon dans l’amour.

Frères et sœurs, à la question : “Que devons-nous faire ?“, la réponse est de nous convertir, de nous plonger dans la joie et le don du pardon, comprendre que seul l’amour renouvelle la joie.

Dans la paroisse, il y a des moments extraordinaires où cette joie est partagée dans l’accueil de tel ou telle. C’est pourquoi je laisse maintenant la parole pour expliquer ce qui se vit dans l’ordre du partage et de la joie dans notre paroisse.

Ainsi soit-il !