Homélie du dimanche 8 juillet 2018 - 14e dimanche du temps ordinaire. Année B

Chers frères et sœurs, en écoutant les textes de ce dimanche, il est possible que certains ne soient
pas totalement “fans“ des lectures que nous venons d’entendre ! Pourtant, ces lectures nous conduisent
au centre même de notre Foi.
Pourquoi dis-je que certains d’entre vous sont peut-être “pas trop fans“ ?
- Dans la première lecture, le prophète sait qu’il va au-devant des contradicteurs et de leurs
contradictions,
- Jésus, dans l’évangile, connaît l’échec dans son propre village,
- Saint Paul raconte, dans la deuxième lecture, comment il a été humilié.
Contradiction ! Échec ! Humiliations !

Que puis-je comprendre ? Comment comprendre que cette eucharistie que nous allons vivre
ensemble, va m’aider à accepter mes échecs, toutes ces difficultés mais humblement et avec confiance,
“car lorsque je suis faible, c’est alors que, avec Jésus, je suis fort“. Ce 14e dimanche du temps
ordinaire (au début de nos vacances) nous donne une double clé de lecture à travers deux situations que
l’on pourrait dire paradoxales et surprenantes, mais essentielles à bien comprendre :
- l’une est tirée de l’Évangile,
- et nous trouvons la seconde dans la lettre de Paul aux Corinthiens.
Prenons d’abord l’Évangile ! Une cruelle déception attend donc Jésus dans son village. « Jésus est
parti pour son pays », accompagné de ses disciples. À son sujet, les gens n’expriment que des louanges.
Il prêche comme jamais homme n’a prêché. Il fait même des miracles et des signes prodigieux !
Extraordinaire !
On s’attendrait donc à ce que, dans la synagogue, parmi les siens, ce soit la fête, et même une très
grande fête. Eh bien, ce n’est pas ce qui se passe, bien au contraire. L’enfant du pays est bien mal
accueilli. En effet, ses compatriotes ne peuvent accepter que“ le charpentier“, “le fils de Marie“ puisse
être celui qu’on dit qu’il est, ni qu’il réalise ce qu’on dit qu’il réalise. Ils connaissent trop bien Jésus,
c’est-à-dire trop mal ! Et l’évangéliste précise qu’ils “étaient profondément choqués à son sujet.“ (Cela
nous arrive aussi !)
Cette situation est un enseignement pour nous, un enseignement qui devrait nous interpeller !
Comment accueillons-nous ... ou pas, celles et ceux qui, tout proches de nous, sont des témoins de
Dieu ? Comment nous les écoutons-nous ... ou pas ?
Cet homme ou cette femme, ce paroissien, cette paroissienne, ce membre de notre famille que je
connais bien qui, au nom du Christ, remet en cause certaines de mes manières d’agir ou de penser. Nous
connaissons bien tous ces proches (familles, paroissiens), et comme nous savons leurs défauts et leurs
faiblesses ... nous pourrions peut-être être enclins à dévaloriser leurs témoignages, à ne pas écouter ce
qu’ils sont en train de me dire, au nom du Christ. Jésus disait, hélas à juste raison : “Un prophète n’est
méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison“... nous pourrions ajouter : dans sa propre
paroisse !
Aie ! Nous pouvons être soit la personne rejetée, soit être celle qui rejette ce témoin !
Relisons ensemble maintenant la seconde lettre de saint Paul aux Corinthiens. Elle nous fait
toucher du doigt une autre situation paradoxale. Paul exprime un écho de nos limites quand il affirme : «
Ma puissance, dit Dieu, donne toute sa mesure dans la faiblesse » !
Là, nous sommes en présence d’un véritable questionnement qui traverse le temps !
Reconnaissons-le : nous n’aimons pas la faiblesse ! Ou plutôt, nous n’acceptons pas la faiblesse ! Nous
n’acceptons pas d’être faible, que ce soit à travers nos incapacités, nos manques, dans la maladie ou
dans certains événements de notre vie.

Que nous dit la société depuis notre enfance ? « Il faut être riche, savant, en parfaite santé, avec un

savoir pour dominer les autres... pourquoi ? Pour prétendre réussir sa vie, parbleu ! » Le bonheur serait-
il donc à ce prix ?

Ce n’est pas ce que nous dit saint Paul. Dieu se plaît à faire du grand et même du très grand, en
passant par les petits, les pauvres, les modestes, ceux qui ne se prennent pas pour le centre du monde et
ceux qui ne se prennent pas pour le “Bon Dieu“ ! Dieu fait grand à travers nos pauvretés !

Dieu fait grand à travers nos pauvretés !

Pour beaucoup, la logique de Dieu semble nous échapper ! Sans doute nous faut-il du temps pour
comprendre cette logique !
Nous avons pourtant, des exemples incroyables autour de nous ! Pensons à la simplicité de Marie,
ou à saint Paul, comme nous venons de l’entendre. Ou bien encore, comme je vous le disais au début de
cette célébration, quand je suis allé rendre visite au père Michel Ferradou ! Il était sur son lit, bien, bien
fatigué, amaigri ! Je suis persuadé, et lui-même le sait, malgré sa faiblesse, et une situation qui le
dépasse : Dieu continue à faire grand à travers lui ! Saint Paul a beau supplier le Seigneur de le délivrer
de cette mystérieuse “écharde dans sa chair“ : rien n’y fait. Il semble même que cette pauvreté fasse
partie de la condition du prophète : il est indispensable qu’il paraisse faible devant ses interlocuteurs,
afin qu’il soit évident aux yeux de tous que c’est la puissance de Dieu qui passe et se déploie à travers
lui (2 Co 4, 7). Oui ! Dieu aime travailler ainsi et réalise de belles et de grandes choses à travers nous...
Il me semble que pour nous, il y a là une leçon de confiance, une invitation à la confiance.
Sans doute connaissez-vous Albert Einstein, ce grand savant ? Il disait : “Tout le monde peut être
un génie ! Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire
qu'il est stupide.“
À chacun selon ses grâces et ses charismes, et nous en avons tous ! Ne nous laissons pas
submerger par nos impuissances, nos peurs, nos timidités, nos faiblesses : mettons-nous plutôt au
service du Seigneur ! Demandons-lui d’accomplir pour nous ce qu’il a réalisé et qu’il réalise encore
pour tant d’autres. Comme saint Paul, nous avons à accueillir cette parole de Dieu : “Ma grâce te suffit
: ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse“. Je vous propose même de l’écrire en grand et
de l’afficher à un endroit devant lequel vous passez régulièrement ; le miroir de votre salle de bains par
exemple...

“Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse“.
Chers frères et sœurs, nous sommes ici au cœur de la foi, au centre de notre foi.
Ce n’est pas nous qui allons sauver le monde ; c’est bien Dieu qui, passant même dans nos
faiblesses, sauve le monde. Aujourd’hui encore : c’est à chacun de nous que Jésus dit, même si nous
sommes rejetés, même si nous sommes signe de contradictions : « Ne crains pas ! Crois seulement !
Continue de témoigner ! »
Frères et sœurs, accueillons Jésus avec gratitude, avec humilité, accueillons nos frères et nos

sœurs, tous ceux que nous côtoyons, les membres de nos familles, mais aussi accueillons-nous, nous-
mêmes tels que nous sommes, dans nos faiblesses et nos pauvretés, avec nos joies et nos charismes ! La

force ne procure que des réussites illusoires ; nous le savons bien ! Reconnaitre nos propres fragilités
permet à Dieu de nous rejoindre, d’habiter nos mots, d’habiter nos gestes et notre vie tout entière.
Avez-vous remarqué que les gens que nous respectons et qui nous touchent sont souvent celles et
ceux qui construisent leur vie et leur mission dans le monde à partir de leurs fragilités, souvent dans une
réelle pauvreté ? En agissant de la sorte, nous apprenons à nous accepter tels que nous sommes, tels
que Dieu nous aime, pour avancer sur le chemin de notre vraie mission !
Alors n’ayons pas peur ! Osons faire confiance et rendons grâce au Seigneur en toute occasion !
Ainsi soit-il !