Saint Jean
Lieu
Cathédrale de Grenoble

Chers frères et sœurs, permettez-moi de vous dire « merci » !

Pourquoi vous remercier ? Parce que vous êtes présents ici, ce soir, dans cette cathédrale. Vous avez pris la décision d’y venir régulièrement et de vivre dans son intégralité, en tout cas je l’espère, ce temps de l’octave de Noël. Bravo !

Je vous dis ces mots parce que beaucoup de chrétiens n’ont finalement vécu qu’une partie seulement des célébrations de Noël. 

Beaucoup sont venus pour la veillée, le soir du 24 décembre où nous avons vécu cette naissance de Jésus dans le concret d’une famille, près du champ des bergers. 

Le matin du jour de Noël, le 25 décembre, nous avons entendu le Prologue de saint Jean, et nous avons davantage pris le temps de comprendre le Plan de Dieu. Mais beaucoup de chrétiens se sont arrêtés là.

Sans doute allez-vous me dire que c’est déjà bien. Mais s’arrêter au merveilleux de la crèche me paraît être un peu court, car dès le lendemain de la Nativité, la liturgie nous a permis de faire un petit bond dans le temps et nous avons entendu la mort du premier martyr : saint Étienne, témoin du Christ.

Aujourd’hui, nous faisons un saut de presque trente-trois ans pour nous rendre au matin de Pâques, à l’annonce de la résurrection de Jésus.

Si l’Église nous invite à avancer en zig-zag (car demain, nous fêterons les Saints Innocents et ainsi de suite), c’est pour découvrir que la naissance de Jésus permet de manifester la venue de la lumière et du pardon dans un monde de guerre. Cette naissance montre ce côté fragile dans un monde de mensonges. Par sa venue, Jésus établit la lumière, par son amour vainqueur, dans le monde qui vient. À la résurrection, la vérité de son amour vainqueur est là et la lumière brille dans les ténèbres ; sa lumière brille dans nos vies.

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, saint Jean a encore dans les yeux les scènes tragiques du Vendredi saint ; et quand au matin de Pâques, Marie-Madeleine arrive en courant à la recherche de Jésus, le disciple que Jésus aimait, Jean, court, court avec Pierre pour se rendre compte de la vérité des paroles de Marie de Magdala : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Qui a pris le corps de Jésus ?

Jean aime profondément Jésus, et c’est sans doute pour cette raison qu’il se précipite. En même temps, par sa course, il nous aide, dans notre propre course, à retrouver l’ardeur de l’amour de Jésus pour le faire grandir encore en nous. Nous voyons Pierre et le disciple que Jésus aimait qui arrivent près du tombeau ; ils traversent un petit jardin en contrebas du Golgotha. Jean se penche, regarde rapidement puis s’efface pour laisser entrer Pierre le premier, Pierre qui est l’ainé et le responsable. Pierre regarde attentivement ; les linges sont là, posés à plat, on voit la place du corps, de la tête, le suaire bien roulé, à part, à sa place. Intérieurement, il pense que les femmes ont raison : on a enlevé le Seigneur !

Pierre regarde mais il ne voit pas, en tout cas, pas encore…

C’est alors, nous dit l’évangile, que le disciple que Jésus aimait entre à son tour ; lui, il voit et il croit !

En fait, ne nous trompons pas : Jean ne voit rien ; il ne voit pas encore le Christ ressuscité, mais il voit “en creux“, dans son intelligence, dans sa foi, l’accomplissement de la promesse du Christ dans les linges posés à leur place. Tous les deux ont vu la même chose, mais la foi a ouvert les yeux de Jean. La foi, c’est croire sans avoir vu !

Frères et sœurs, nous sommes encore dans la contemplation du mystère de la Nativité. Dans cette nuit de Noël, nous avons prié, nous nous sommes prosternés devant l’Enfant Jésus.

En fait, qu’avons-nous fait ? Avons-nous juste regardé ? En sommes-nous resté juste au merveilleux, et bien vite repris par notre quotidien ? Ou alors : avons-nous vu et avons-nous cru réellement que cet Enfant est notre salut ?

Frères et sœurs, en prière devant nos crèches, demandons d’être renouvelés dans la grâce de la foi, c’est-à-dire de croire, peut-être sans voir, sur la parole des témoins qui nous ont été donnés bien avant nous. Demandons cette grâce, cette béatitude de croire sans avoir vu !

Ainsi soit-il !