Homélie du dimanche 30 juin 2019, 13e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 51-62. Premier livre des Rois 19, 16b.19-21. Psaume 15.

Lettre de saint Paul aux Galates 5, 1.13-18.

Nous entrons dans la période estivale, une période où nous avons un peu plus de temps. Ces derniers jours, plusieurs personnes m’ont posé une question : « Mon père, quels livres me conseilleriez-vous d’emporter et à lire durant les vacances ? »

La réponse est assez simple : ce pourrait être un « bon Agatha Christie », (pourquoi pas ?) mais moi, je vous conseillerais plutôt d’emporter une Bible et de lire (ou relire), en particulier, l’évangile selon saint Luc.

Si vous saviez combien cette lecture est enthousiasmante ! Elle est très concrète et, pour l’esprit cartésien qui nous habite, il nous aide à suivre Jésus, car son déroulement est logique.

Il est composé de quatre parties bien distinctes :

- La première partie est constituée par les récits de l’enfance de Jésus.

- La deuxième partie, assez longue, est consacrée à son ministère en Galilée.

- Avant d’aborder la quatrième partie, consacrée à la Pâque du Seigneur - c’est-à-dire à sa mort et à sa résurrection -, nous découvrons la troisième partie qui pourrait presque s’intituler : “la longue marche vers Jérusalem“.

De fait, l’évangile que nous venons d’entendre ce matin, appartient au début de cette troisième partie. Si vous avez un peu en mémoire la carte de la Terre Sainte, à l’invitation du Christ : “Suis-moi !“, je vous invite à vous diriger vers Jérusalem et à marcher avec Lui. Quittons la Galilée, le lac de Tibériade, Capharnaüm, tous ces lieux où Jésus va annoncer ! Puis, avec Jésus, descendons vers Jérusalem, vers la Judée. Pour passer de la Galilée à la province de Judée, il nous faut traverser un autre territoire qui se nomme la Samarie.

En réalité, saint Luc ne veut pas nous donner un cours de géographie, mais il nous offre une véritable catéchèse, littéralement un petit condensé de toutes les réactions humaines que nous pourrions avoir, au moment même où nous côtoyons le Christ ! Il nous invite à marcher avec Lui vers le lieu de son Don ultime. Il nous invite, nous aussi, à partir pour cette longue marche, en commençant en Galilée, en traversant la Samarie vers Jérusalem ! Cette ville dans laquelle Jésus sera tout à la fois, acclamé et condamné sur le bois de la Croix.

N’oublions pas que notre devenir ultime est d’être, comme Lui, enlevé de ce monde. Nous le savons : nous ne sommes pas faits pour rester indéfiniment sur cette terre, mais pour être avec Lui, dans la Vie éternelle.

Avec ce passage de l’évangile de saint Luc, nous sommes donc à un tournant décisif de la vie de Jésus ; Il sait donc très bien que cette route qui le conduit vers Jérusalem, le mène à la mort. Il n’est donc pas étonnant que, confronté à cette perspective, Jésus soit déterminé. Nous venons de lire : “Jésus prit avec courage la route de Jérusalem avec un visage déterminé. “Littéralement, le terme en grec est plus fort, signifiant : “Il durcit son visage“.

Jésus veut aller jusqu’au bout de son chemin d’amour, d’un amour non violent. Pour nous aussi, c’est le seul chemin qui nous fait passer de la mort à la Vie.

En prenant cette décision, Jésus invite chacun de nous à Le suivre. En effet, sur cette route, il y a un appel, un appel à suivre Jésus dans un appel de plus en plus exigeant ! “Le fils de l’homme ne sait pas où reposer la tête“.Jésus sait très bien aussi que, répondre à son invitation - c’est-à-dire vivre en chrétien baptisé et annoncer l’évangile -, n’est pas de tout repos !

Son appel sera donc un appel à adopter sa manière de vivre. Observons alors, comment vit Jésus et faisons tout notre possible pour l’imiter ! Nous le savons, nous aurons à tenir dans la fidélité pour garder le cap. Cependant, ne nous décourageons pas et ne perdons pas le chemin, c’est-à-dire le Christ Lui-même !

Avançons ensemble quelques instants avec Jésus !

Nous traversons la Samarie ! Comme vous le savez, un différend important existe entre les Juifs et les Samaritains. Ils refusent alors d’accueillir Jésus et sa petite équipe parce qu’ils se dirigent vers Jérusalem. Que proposent Jacques et Jean en colère (ne sont-ils pas appelés les fils du tonnerre !) : “Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ?“

Depuis quelques mois, ils suivent Jésus, écoutent sa parole, mais ont-ils compris son enseignement et le chemin vers la Croix que Jésus a entrepris…

N’avons-nous pas parfois, nous aussi, un “jet de violence“ qui jaillit devant telle ou telle situation ? Pourtant, Jésus nous dit avec force : « Ne rendez pas le mal pour le mal, mais soyez vainqueurs du mal par le bien. » Suivre Jésus sans triomphalisme, c’est aller pas à pas, vers une véritable conversion.

Nous avons entendu aussi, que l’évangile est scandé par trois rencontres qui nous invitent à comprendre les trois attitudes des disciples qui veulent suivre Jésus.

- Première rencontre : voilà qu’un homme, sur la route, interpelle Jésus en prononçant cette phrase généreuse : “Je te suivrai partout où tu iras.“ Jésus a pu être honoré de cette affirmation, mais il a su découvrir une faille et mettre peut-être le doigt sur l’essentiel ; en effet, cet homme ne doute pas de sa capacité à le suivre jusqu’au bout. Il nous rappelle un peu l’Apôtre Pierre, déterminé lui aussi, puis capable un peu plus tard, de renier son Maître. Cet homme est sûrement sincère ; et nous que disons-nous ? Ne devons-nous pas être attentifs à ne pas trop compter sur nos propres forces ? Certes, il nous faut de l’enthousiasme, mais aussi demander la grâce de pouvoir tenir dans le temps.

- La deuxième rencontre est celle de cet homme qui entend Jésus lui dire : “Suis-moi.“Nous entendons, dans ces mots, un appel vocationnel. À beaucoup d’entre nous, Jésus dit : “Suis-moi.“Aie confiance ! N’aie pas peur ! Pas besoin d’être séminariste pour répondre à cet appel. Sans doute, Jésus a-t-il remarqué en cet homme, son désir de s’attacher et de s’engager à sa suite !

Le problème, c’est que cet homme semble avoir un agenda très chargé à respecter ; les choses sont toutes importantes : enterrer son père, n’est-ce pas le devoir d’un fils ? La réponse de Jésus peut paraître dure et cassante ; elle nous dérange peut-être… pourquoi cette réponse de Jésus ?

- La troisième rencontre est celle de cet homme qui donne une réponse bien légitime ; elle fait sans doute écho à la réponse d’Élisée à Élie dans la première lecture que nous avons entendue. Jésus appelle et l’homme répond : “Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord, faire mes adieux aux gens de ma maison.“ Littéralement, Seigneur, je veux être avec toi, mais attends un peu … C’est un “oui“, certes, mais un “oui mais“ … un “oui plus tard “… Là aussi, la réponse de Jésus peut nous surprendre ; Jésus lui demande de ne pas regarder en arrière, vers le passé, mais de se tourner vers l’avenir, de creuser un sillon, c’est-à-dire une vie à accomplir, à réaliser.

Chers frères et sœurs, que devons-nous comprendre, pour nous, en ce dimanche ?

Que veut nous dire Jésus ?

Je vous propose deux interprétations rapides :

- La première interprétationest très concrète ; Jésus nous demande de ne pas rester immobile, de ne pas rester statique ! Il nous dit : marchez ! Allez de l’avant ! Soyez profondément libres dans votre façon d’être ! Ne vous laissez pas modeler par l’esprit du monde ou par la pression consumériste actuelle !

C’est ce que disait, déjà, saint Paul aux chrétiens de Galates dans la seconde lecture : “Ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. “Nous constatons bien qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de sollicitations pour nous mettre sous « le joug » de différents esclavages. Saint Paul le réaffirme : “Vous avez été appelés à la liberté.“De fait, le chrétien est profondément libre et c’est Jésus qui nous rend libres.

Finalement, par les paraboles de l’enterrement du père, et celui de l’adieu aux gens de la maison, le Christ veut simplement nous inviter, si nous voulons marcher avec Lui, à nous libérer d’un certain nombre d’attaches ou d’esclavages qui nous tétanisent et nous empêchent, bien souvent d’avancer.

Jésus ne réprouve pas l’amour de la famille ; bien sûr que non ! Mais, Il veut nous prévenir du danger de l’immobilisme, du refus de nous laisse déranger, bousculer et de rester comme le dit le Pape François “bien confortablement installé dans son canapé“.

- La deuxième interprétationest également évidente ; entrer dans le Royaume de la Vie et de l’Amour (c’est le Royaume que Jésus nous propose), c’est, bien sûr, aimer les siens, se reconnaître frères et sœurs, mais aussi comprendre l’importance des actes que nous posons.

- Tous nos gestes de patience,

- tous nos actes d’amour à l’égard des autres,

- tous les risques que nous prenons dans l’existence,

- toutes les ruptures dans notre vie, volontaires ou non,

tout cela… doit nous inviter à ne pas nous replier sur nous-mêmes, mais à avancer, en utilisant sans doute l’expérience du passé, mais sans rester figés dans un regard sans espérance ou découragé sur moi ou la société !

Frères et sœurs, la question que Jésus pose à ces trois hommes désireux de Le suivre est donc bien celle-ci :

Dans un monde qui passe, l’Évangile c’est-à-dire la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu,

est-il pour toi le premier et le principal critère qui gouverne tes décisions ?

… et du coup, tout ce qui suit : l’amour du pauvre, cette facilité à s’engager dans la société, l’amour pour les uns et les autres.

À cette question, à cette invitation de Jésus, quelle est notre réponse, chers frères et sœurs ?

Cette réponse nous appartient !

Ce que nous pouvons faire, tout simplement, c’est de prier pour les uns et les autres, afin que nous arrivions à nous déterminer, à prendre le temps d’être avec Jésus.

Prions pour que l’Esprit de Dieu fasse de nous des êtres de décision, des êtres responsables toujours en capacité de discerner le vrai dans les événements de la vie, dans les événements du monde, toujours désireux d’accueillir le plus pauvre, celui qui a besoin de moi, et de garder en moi-même, la certitude de l’amour de Dieu et de la Vie éternelle.

Retenons ces deux critères :

  • Ne pas rester dans l’immobilisme, mais avancer,
  • Garder devant nous le but, c’est-à-dire le Christ et annoncer par toute notre vie, que le règne de Dieu est déjà là !

Ainsi soit-il !

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