Homélie du mardi 16 juillet 2019, mardi de la 15esemaine du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Louis, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Matthieu 11, 20-24. Livre de l’Exode 2, 1-15a. Psaume 68.

La tonalité de l’évangile que nous venons d’entendre est celle du reproche.

Pourquoi ? Comme d’habitude, les controverses de Jésus nous invitent à nous positionner, à nous déterminer.

Quand Jésus appelle les villes de Corazine et de Bethsaïde à se convertir, nous entendons comme un cri de souffrance et d’indignation de notre Seigneur.

A ses yeux, elles sont des villes privilégiées puisque la plupart de ses miracles y ont été accomplis. Plus que les autres villes, elles ont donc eu la possibilité d’authentifier, de reconnaître les œuvres et les signes extraordinaires de Jésus, de découvrir Jésus comme étant l’Envoyé de Dieu !

Le problème, c’est qu’elles ne se sont pas converties ! Elles n’ont pas changé leurs manières de vivre et d’agir ! Sans doute connaissez-vous l’expression : « C’est comme de l’eau qui glisse sur les plumes d’un canard. » Non seulement, elles n’ont pas fait pénitence, mais elles ont continué à vivre comme si de rien n’était. Pour Jésus - c’est bien là la pointe de son reproche - ce sont des villes incrédules et irresponsables.

Le reproche de Jésus est d’autant plus fort, qu’Il affirme que deux autres villes, Tyr et Sidon, qui sont des villes païennes, où de nombreux dieux sont honorés dans les diverses temples qui parcourent la cité, se seraient converties et auraient même fait pénitence, si les miracles de Jésus avaient eu lieu chez elles.

Jésus insiste aussi sur la ville de Capharnaüm, c’est une ville qu’Il connaît bien – c’est la maison de Simon-Pierre. Il annonce même un jugement assez terrible. Là encore, Jésus semble lui-même donner une réponse dans cette folle prétention de Capharnaüm à vouloir s’élever, par ses propres forces “jusqu’au ciel“ ! Ce qui signifie qu’elle n’a pas besoin de Dieu pour vivre, ou dit autrement en se faisant l’égale de Dieu elle croit se sauver elle-même !

Face à ce constat, le jugement tombe : “Au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi.“

Frères et sœurs, qu’est-ce que Jésus veut nous dire, aujourd’hui ?

Quelle est la pointe de ce que nous devrions entendre et comprendre ?

Peut-être sommes-nous dans une situation comparable à celle de Capharnaüm ? Vous connaissez l’expression que peuvent employer les parents quand ils rentrent dans la chambre de leurs enfants quand celle-ci est en grand désordre : « mais quel capharnaüm, cette chambre ! »

Ne pensez-vous pas que notre société est dans un désordre incroyable, multiple, complexe ? Comment sont notre cœur et notre tête, sont-ils aussi dans un vrai chaos, un vrai « bazar » et peut-être profondément embrouillés ?

En même temps, le Seigneur nous affirme que c’est de notre responsabilité ; je dois choisir, je dois me déterminer ! Je dois accomplir, tout simplement, ce que le Seigneur me demande de faire !

Rencontrer le Christ ; rencontrer le Messie : c’est un don que Dieu nous fait !

C’est aussi le point de départ d’une vie cohérente, d’une vie de plus en plus cohérente, plus généreuse et plus droite.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Même si la rencontre du Christ ne change pas vraiment notre cadre de vie, elle doit cependant modifier profondément notre manière de vivre, de connaître, d’aimer, selon cet art de vivre chrétien.

Nous sommes sans doute nombreux, à avoir fait l’expérience de la rencontre du Christ vivant, à tel ou tel moment de notre vie : lors d’un pèlerinage, d’un temps de prière, d’une messe, d’une retraite …

Nous avons vu l’œuvre de Jésus ! Nous L’avons rencontré, peut-être même nous a-t-il parlé d’une façon ou d’une autre ? Dès lors, il y a un “avant“ et un “après“, rien n’est plus comme avant.

Lorsque j’ai fait cette rencontre, quelque chose a profondément changé en moi. C’est bien ce que nous vivons aujourd’hui, dans cette eucharistie : la rencontre du Christ ! Si nous nous retrouvons ce matin, c’est que l’eucharistie est importante pour chacun de nous.

De fait, nous connaissons l’invitation exigeante de Jésus ; c’est, bien sûr, une invitation à l’amour, mais aussi invitation à une vie droite, au choix préférentiel du Christ. Chaque réponse est toujours personnelle, toujours libre et sans contrainte. Le Seigneur nous appelle à un “oui“ libre, une réponse à redonner chaque jour.

Frères et sœurs, ce matin, demandons au Seigneur deux grâces :

- La première est celle de demeurer humbles dans notre foi, constants et fermes dans notre espérance, de ne jamais oublier cette rencontre fondatrice du Christ !

- La deuxième est que nous puissions prier pour celles et ceux qui n’ont peut-être pas fait encore cette rencontre du Christ, membres de nos familles ou amis, pour ceux qui n’ont pas vu l’œuvre de puissance de Dieu dans leurs vies.

Par la force de l’Esprit Saint, par l’intercession de la Vierge Marie, demandons que cette rencontre soit le début d’un beau renouvellement !

Ainsi soit-il !

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