Homélie du dimanche 7 juillet 2019, 14e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à Grenoble en l’église saint Luc, par le Père Patrick Gaso, curé.

Évangile selon saint Luc 9, 51-62. Premier livre des Rois 19, 16b.19-21. Psaume 15.

Lettre de saint Paul aux Galates 5, 1.13-18.

Il y a une expression que j’aime entendre et qui résonne dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est celle-ci : « Réjouissez-vous ! » L’avez remarqué ?

Dans notre monde, il n’est pas fréquent d’entendre cette invitation : « Réjouissez-vous ! ». Littéralement : relevez la tête et souriez !

Nous l’avons entendue avec le prophète Isaïe : « Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse ! Dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse. »

La réaction de Jésus lui-mêmeaux soixante-douze disciples missionnaires revenant tout joyeux de leur mission, est dans la même tonalité ; nous retrouvons la même expression : « Réjouissez-vous ! » Pourquoi ? « … parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ! »

Cette joie qui nous est proposée n’est pas la joie du monde, la joie d’une possession ou celle d’un achat que nous venons d’effectuer. Il ne s’agit pas, non plus, d’une joie de victoire sur le Mal, comme la satisfaction d‘une revanche, mais cette joie est plus précise, elle est encore plus belle : c’est la joie de faire la volonté de Dieu « sur la terre comme au ciel. », dirons-nous tout à l’heure dans le Notre Père. C’est une joie que nous pouvons vivre dès maintenant d’une façon concrète, et une joie qui nous inscrit donc dans le ciel, dans l’espace de Dieu. « Car vos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu » ! C’est cette joie qui nous fait naître de Dieu lorsque nous faisons sa volonté.

Quelle est la volonté de Dieu ?

Cette joie, nous avons envie de la goûter, nous avons envie d’en vivre ! Alors quelle est la volonté de Dieu ? Celle-ci est très simple, elle s’exprime en quatre mots : le salut de tous !Voilà ce que tout chrétien doit annoncer ! Dieu veut que tous soient sauvés ! Cette Bonne Nouvelle est annoncée à tous, et cela dans toutes les villes, dans chaque village et dans le monde entier! Comment ?

Pour répondre à cette question, permettez-moi d’emprunter quelques mots au Pape François dans son appel musclé, direct, prononcé pour l’évangélisation :

Soyez proches des gens, à la fois frères et sœurs, doux, patients et miséricordieux.

Aimez la pauvreté intérieure, comme liberté pour le Seigneur, et aussi extérieure, comme simplicité et austérité de vie.

N’ayez pas une psychologie de nantis, ou une psychologie de chrétiens atones et complexés.

Allez à l'essentiel qui est le Christ.

Sinon,conclut-il : on risque de tourner en ridicule une mission sainte. Céder à l'esprit mondain, nous expose au ridicule : nous pourrions recevoir quelques applaudissements, mais ceux qui semblent nous approuver, nous critiquerons aussitôt le dos tourné.

Nous sommes, frères et sœurs, les porteurs de Jésus-Christ, ses porte-parole pour le monde et les uns pour les autres.

Voilà ce que dit le Pape François. Il ne s’embarrasse pas de formule, mais il va à l’essentiel.

L’envoi de ces soixante-douze disciples, (si je reviens à l’évangile), frères et sœurs, nous qui sommes dans cette assemblée dominicale, ce matin en cette église saint Luc, vient interroger notre zèle, notre désir d’annoncer le Christ, de travailler aujourd’hui à l’avènement de son royaume.

La question est toujours la même :

Sommes-nous brûlants du désir qui consumait Jésus ?« Je suis venu allumer un feu sur la Terre » nous dit-il« …et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé »(Lc 12, 49).

La difficulté n’est pas tant le bois, mais le feu, de ce feu intérieur, dont semble parfois manquer notre Église et nous-mêmes. Mais c’est surtout notre manière de faire, de procéder, d’être chrétien que ce récit interroge.

De fait, nous voyons ces soixante-douze disciples envoyés par le Christ, non seulement porter la bonne nouvelle du Royaume, mais réaliser très concrètement par ce qu’ils sont, la présence de ce Royaume !

Le résultat de cette façon d’être, c’est l’émerveillement.« Ils reviennent en s’émerveillant… »de ce que les esprits mauvais leur étaient soumis, ce que le Christ confirme, ajoutant qu’Il voyait Satan tomber du ciel, c’est-à-dire perdre tout pouvoir sur les hommes. Nous comprenons donc aussi l’importance de la présence de ces témoins, de ces disciples-missionnaires, c’est-à-dire de notre présence au cœur de la paroisse, au cœur de nos familles, au cœur de ce monde.

La joie de la mission n’est pas réservée à quelques-uns seulement, elle est pour tous, et elle est toujours possible ! Nous la vivrons encore davantage au quotidien, ici même ! C’est le sens, pour ceux qui sont en lien avec notre paroisse, des Assises paroissiales que nous allons vivre en septembre prochain. Il nous faudra réfléchir, comprendre et définir pour les années à venir, le style de notre Mission, notre façon de témoigner en chrétien au cœur de notre ville.

Serons-nous des chrétiens complexés et atones ? Ou serons-nous des chrétiens qui désirent profondément porter aux autres et partager avec eux le trésor qu’est le Christ ? Notre mission au sein de la paroisse commence par un témoignage et elle commence par du très concret, du simple : accueillir, écouter,faire du bien, pacifier, faire reculer le mal, soulager,accompagner, aider, guérir… pas forcément des discours compliqués, mais une manière de vivre, « un nouvel art de vivre de chrétiens » en actions ! Cela est toujours possible, dans une vie fraternelle simple et stimulante, tous les âges confondus, unis par une vie de prière.

Sans nul doute, les ouvriers sont encore trop peu nombreux ! C’est toujours le même constat. Il manque encore bien des bénévoles dans notre Paroisse ! Il manque toujours et surtout des personnes passionnées par le Seigneur, soucieuses de charité pour nos frères et sœurs fragilisés par la vie : il manque toujours des missionnaires pour annoncer le règne de Dieu ! C’était déjà le cas à l’époque de Jésus…

Mais n’ayons pas de crainte pour le devenir de notre Église ; c’est vrai qu’elle vit, aujourd’hui, une vraie pauvreté évangélique ; mais nous, ne restons pas, non plus, comme tétanisés face à l’ampleur de la mission : je sais que notre Seigneur a le souci du succès de la Mission. C’est pour cela qu’Il nous a envoyé l’Esprit Saint et, c’est une certitude : l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre !

Le succès de la mission ne se mesure pas à l’aune des critères superficiels de notre société !Ce pourrait être un danger d’essayer de compter, de mesurer un tel succès. La réussite de toute mission est tangible, cela ne fait aucun doute, quel que soit le petit nombre des ouvriers, des nombreuxobstacles et des échecs, puisque cette réussite est déjà la victoire du Christ sur la mort. Ne l’oublions pas : le Christ est déjà vainqueur !

Par sa résurrection, Il a déjà vaincu la mort !

Alors, frères et sœurs, oui ! En ce dimanche, réjouissons-nous dans le Seigneur, car c’est Lui qui nous porte dans nos vies et nous conduit à la victoire, la Vie !

Ainsi soit-il

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