Chers amis, lorsque j’ai un peu de temps, j’aime bien rester un peu dans l’église, que ce soit à la cathédrale, ici ou dans d’autres églises quand elles sont ouvertes, afin d’accueillir, comme le font beaucoup de bénévoles, les visiteurs.
En entrant dans cette église Notre-Dame, beaucoup de visiteurs sont sous le charme de la beauté, de l’esthétique, des proportions, des statues… « Que c’est beau » s’exclament-ils en admirant le plafond ! Et c’est vrai, même si nous ne prenons peut-être plus le temps de contempler ce patrimoine extraordinaire dont nous héritons !
Du coup, une conversation s’engage : « D’où venez-vous ? Êtes-vous chrétiens ? » ainsi que des questions sur l’église elle-même : « Quelle est la date de sa construction ? (Début des travaux : 1598) Quelle est l’histoire des Jésuites, leur séminaire… » Bref… c’est un échange toujours fructueux !
Généralement, au meilleur moment possible, je pose cette question : « en visitant cette église, qu’est-ce qui est le plus précieux, pour vous ? » Là, les regards scrutent à droite, à gauche, au plafond, vers le chœur, l’orgue, vers cette statue…
Non ! Non ! Non ! Ce n’est pas cela et je répète la question ; alors, les visages deviennent interrogatifs !
Y a-t-il un trésor ? Où est-il ? Est-ce les marbres ? L’argenterie ? L’or ? Non !
Alors généralement, je me tourne et je désigne le Maitre Autel, plus exactement le tabernacle, cette petite boite qui est au centre de ce Maitre Autel !
Parmi les visiteurs, il y a ceux qui comprennent car ils sont chrétiens et ceux qui découvrent et demandent ce qui est si important. Vous tous qui êtes ici ce soir, vous le savez : toutes les cathédrales, les églises, les chapelles… ont été construites pour accueillir et abriter ce qu’il y a de plus précieux : quelques grammes de farine et d’eau !
Le trésor de nos églises, ce sont ces miettes de pain. (Magnifique Ciborium à la cathédrale de Grenoble)
Cette miette de pain, c’est le Corps de Dieu, le Corps du Christ, c’est son Corps ressuscité, insaisissable sauf s’il se donne.
C’est pour ce Corps, humble, sous l’apparence d’une miette de pain, qu’a été construite cette église ainsi que toutes les églises.
Cette miette de pain, c’est la Vie de Dieu qui se communique.
Cette miette de pain donne à tous ceux qui la reçoivent, la vie éternelle, elle nous ouvre les portes du ciel, elle nous fait participer à la résurrection du Christ, cette résurrection que nous fêtons aujourd’hui et qui rappelle notre propre résurrection à venir. Est-ce que nous le mesurons, nous-mêmes ?
Cette miette de pain nous redit que notre vie terrestre est marquée par la faim ! Mais, outre la faim physique, l’homme porte en lui une autre faim, une faim qui ne peut être satisfaite par la nourriture ordinaire ! C’est une « faim » de vie, une « faim » d’amour, une « faim » d’éternité qui ne peut être rassasiée que par le Seigneur lui-même qui se donne à nous !
Cette nourriture du Seigneur est différente des autres faims qui semblent être « appétissantes » et pourrait « satisfaire davantage » ; certains ont faim d’argent, de succès, de vanité, de pouvoir... Mais, non ! Nous restons toujours affamés d’éternité !
Chers amis, mesurons-nous la chance que nous avons de connaître le Christ ?
C’est lui qui vient combler, non pas notre ventre, mais notre cœur !
Dans l’Eucharistie, c’est l’Amour du Seigneur qui se communique: un amour si grand qu’il nous nourrit de lui-même, un amour gratuit, toujours à la disposition de toute personne affamée et qui a besoin de refaire ses forces pour repartir à nouveau !
Aujourd’hui, en fêtant cette solennité du Saint Sacrement, du Corpus Christi, de la Fête-Dieu, de fait, nous sommes tous interrogés sur notre relation à l’Eucharistie, source et sommet de notre vie chrétienne ! Comment venons-nous communier à l’autel ? Notre cœur se fait-il capacité, ouverture, pour accueillir le don de Dieu ?
Frères et sœurs, n’entrons pas dans la messe, sans transition, sans préparation, sans une réelle intériorité, et surtout ne tombons pas dans la routine ! Ne repartons pas sans avoir pris le temps d’accueillir Celui qui veut faire sa demeure en nous afin que nous puissions vivre un cœur à cœur avec lui ! Et surtout comprenons que nous sommes envoyés pour vivre la communion, et que nous devenons à ce moment-là, porteurs du Christ pour le monde.
Frères et sœurs, la prochaine fois que vous entrerez dans une église, ne vous laissez pas distraire par les statues, le stuc, le marbre… cherchez la présence du Christ, regardez-le, suivez la faible lumière vacillante d’une discrète lampe rouge qui vous indique là où est notre trésor ! C’est là que Jésus nous attend, qu’il vous attend ! Prenez le temps de l’accueillir et de vous laisser habiter par lui !
Que cette solennité nous dynamise dans notre vie chrétienne ; qu’elle nous donne de comprendre toujours plus qu’en recevant Jésus, nous recevons le Corps du Christ, et cela pour l’éternité !
Ainsi soit-il !