Homélie du dimanche 11 octobre 2026, 28e dimanche du temps ordinaire, année A.
Messe célébrée par le Père Patrick Gaso, église Notre Dame, Chambéry. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 22, 1-14. Livre du prophète Isaïe 25,6-10a. Psaume 22.
Lettre de saint Paul aux Philippiens 4, 12-14.19-20.
L’évangile commence bien ! Il est question de repas de fête, d’invitations, et de convives. Certes, on ne fait pas de grand festin tous les jours, mais l’histoire racontée par Jésus dans sa parabole nous renvoie, tout de même, à des situations que nous connaissons bien : Anniversaire, Mariage, Baptême… En effet, nous avons tous à l’esprit, je pense, telle ou telle invitation que nous avons faite à ces occasions, avec joie et qui, pourtant, est restée sans réponse : « Au fait, la cousine Adélaïde, n’a pas répondu ; pas sympa ! Où est le cousin Roger ? Il n’a pas répondu non plus !» Mais aussi, peut-être avec une petite pointe de honte, pensons à ces invitations auxquelles nous n’avons nous-mêmes pas répondu, pas donné suite, sans parler de celles que nous avons honoré en traînant les pieds.
Pourquoi Jésus nous parle-t-il ici de repas de fête ?
Il faut remettre ce passage de l’évangile d’aujourd’hui dans son contexte, avec ce qui suit et le précède dans l’Évangile de saint Matthieu ! Nous sommes avec Jésus qui monte à Jérusalem ; c’est la Semaine Sainte. C’est un moment de grande liesse autour de Jésus monté sur le dos d’un ânon, qui entre dans la Ville de Jérusalem, (Rameaux). Mais nous savons que la Passion n’est plus très loin. C’est pour cela que saint Matthieu interrompt quelques instants le récit. Il ouvre une parenthèse avec cette parabole et nous explique, en quelques images, l’enjeu de la venue du Christ.
Un roi organise donc une grande fête, pour les noces de son Fils. La première lecture que nous avons entendue fait office de carton d’invitation, avec le lieu, la date et même le menu ! À ce festin, il y aura des viandes grasses et succulentes et des vins capiteux. Déjà, le prophète Isaïe veut nous faire découvrir cette joie d’être les invités de Dieu !
Mais les noces tournent au drame. Voici que les invités se récusent. Leurs « raisons semblent presque légitimes », toutes plausibles, mais elles manifestent qu’il n’y a pas chez ces invités privilégiés, un vrai désir de se réjouir du « Royaume à venir ». Plus encore, ces refus sont d’une violence extrême, puisque les serviteurs vont être empoignés, maltraités et même tués.
Le drame est là ! Si le peuple de la Première Alliance refuse, Dieu ne désarme pas, il y a comme un retournement, ou plutôt une ouverture : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noces. »
La pointe de la parabole est claire : le roi invite tout le monde, les bons et les mauvais. Le Royaume de Dieu (cela peut nous rassurer) n’est donc pas une société de purs ! Il n’y aura pas au Ciel, une « business class » pour celles et ceux qui auraient accompli au mieux leurs vies terrestres, mais de la place pour des pécheurs conscients de la faiblesse de leur humanité qui aspirent à cette proximité de Dieu, à cette proximité avec Dieu.
Notre monde serait-il différent ? Non ! Beaucoup de chrétiens, encore, ignorent l’invitation du Christ, certains par indifférence, ou parce qu’ils sont trop occupés. D’autres contestent même l’offre avec agressivité. Ils sont contre ceux qui vont à l’église, contre le clergé, contre tout, contre la ou les religions en général.
Et pourtant, chers amis, l’espérance est toujours là ! Avec la visite du Pape Léon, nous l’avons constaté, beaucoup de personnes ont répondu à son invitation ! Beaucoup de familles chrétiennes ou non, mais aussi beaucoup de jeunes catéchumènes, beaucoup de néophytes, beaucoup de chercheurs de Dieu ont vécu ces trois jours dans une joie vraie et dynamisante ! Tous les échos, tous les témoignages recueillis vont dans ce sens ! En réalité, Dieu ne cesse pas d’inviter largement !
Chers amis, merci pour votre présence à cette eucharistie, merci d’avoir répondu à son invitation car peut-être aviez-vous un repas, une émission télévisée ou autre qui vous auraient plu ? Non, vous avez décidé d’être là, ce soir. Merci !
Je pourrais terminer l’homélie sur ces mots mais je souhaite ajouter un dernier point !
Que veut dire la deuxième parabole, celle du vêtement de noces ? Je peux presque entendre l’indignation de certains d’entre vous !
Oui, Dieu nous invite, mais en retour, il demande notre participation : il veut des collaborateurs pour construire son Royaume ! Il veut des femmes et des hommes qui se prononcent pour Lui et avec Lui !
Le vêtement de fête fait partie de toutes les civilisations. Partout dans la Bible, nous retrouvons des traces de ce vêtement. Nous connaissons ces habits de fête, portés par les jeunes mariés, par l’enfant qui reçoit le baptême, ou encore par les confirmands... Cette petite parabole nous rappelle que le salut n’est jamais automatique : il faut, bien sûr, répondre à l’invitation de Dieu mais en nous transformant, en nous convertissant. C’est-à-dire sans doute, que nos vêtements disent ce changement, mais surtout que notre cœur, notre intelligence doivent changer aussi ! Notre vêtement de fête, nous l’avons reçu à notre baptême ; ce vêtement blanc ! C’est pour cela que les diacres, les prêtres et tous ceux qui sont dans le chœur, portent cette aube blanche pour rappeler le baptême reçu. Dans l’Église des premiers siècles, les nouveaux baptisés portaient, une semaine entière, une aube blanche, symbole d’une vie nouvelle, et c’est le dimanche suivant, Dimanche in alba, que ces jeunes néophytes étaient reçus dans la communauté.
Sans doute, manquait-il à cet invité dans l’évangile, (qui n’avait pas de vêtement de fête), quelque chose, en fait une disposition fondamentale : celle de la reconnaissance, de la joie, du désir d’aller plus loin dans sa relation au Christ.
Son silence dit aussi qu’il ne participe pas, - ou pas encore, je l’espère - à l’hymne d’action de grâce qui jaillit au cœur des amis de Dieu !
Chers frères et sœurs, pour nous, aujourd’hui, ayons toujours l’audace et l’humilité de répondre à l’invitation du Christ, de nous laisser transformer par Lui.
Osons répondre avec JOIE, avec FOI à son invitation « des noces de l’Agneau » et soyons les témoins de son amour, dans notre monde !
Ainsi soit-il !