Homélie du dimanche 25 octobre 2026, 30e dimanche du temps ordinaire, année A.
Messe célébrée par le Père Patrick Gaso, église Notre-Dame, Chambéry. Homélie non relue
Évangile selon saint Matthieu 22, 15-21. Livre de l’Exode 22, 20-26. Psaume 17.
Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 1, 5c-10.
La messe du dimanche soir, ici, en l’église Notre-Dame, est particulière, parce que nous avons la joie de nous retrouver, mais aussi la joie d’accueillir de nouveaux jeunes et moins jeunes qui sont en recherche, qui se questionnent, qui ont envie de savoir, cherchent à comprendre, à découvrir le sens de leurs vies, qui est Jésus, ce qu’est la communauté chrétienne, quel est le sens de l’Eucharistie. Il s’en suit des échanges, des discussions toujours passionnantes.
Une question m’est souvent posée : « Nous écoutons la Parole de Dieu, les deux lectures, le psaume, puis l’Évangile… mais nous ne comprenons pas tout ! » Il est vrai que ce n’est pas toujours simple quand on n’a pas en tête le déroulement de ce qui s’est passé avant ou après le passage d’Évangile tout juste entendu. L’invitation, bien sûr, est de venir vivre l’eucharistie en ayant lu les textes du jour. Si vous avez un peu de temps et de curiosité, n’hésitez pas à lire ce qui se passe avant et après, pour connaitre le contexte ; c’est nourrissant et donne sens aux textes.
L’évangile de ce jour que nous venons d’entendre est de saint Matthieu.
Quel est le contexte ?
Que vient-il de se passer ?
Les pharisiens et les sadducéens se relaient pour harceler Jésus de questions pièges.
Les pharisiens ont ouvert le feu : ils ont essayé de compromettre Jésus sur le terrain de la politique en lui demandant : « Le tribut de César, à qui faut-il le verser ? » C’était dimanche dernier ! (Mt 22, 15-22). Jésus a répondu de façon lumineuse : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Mis en échec, les pharisiens se sont retirés un peu penauds, et ont laissé la place aux sadducéens. Ceux-ci ont tenté de démontrer que la doctrine de la résurrection, soutenue par Notre Seigneur est absurde (de fait, ils refusent l’idée d’une résurrection !) ; leur argumentation s’appuyait sur le cas de figure de six frères épousant successivement la femme de leur frère défunt pour lui assurer une descendance (Mt 22, 23-33). C’était juste avant l’Évangile d’aujourd’hui. Jésus leur répond : « À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle l’épouse ? » ; vous n’avez pas tout compris ! Le rappel des conditions de vie dans le Royaume les a obligés, eux aussi, à battre en retraite.
Cela explique ce que nous entendons aujourd’hui : « qu’il avait fermé la bouche » de ses détracteurs !
Devenus plus prudents, « les pharisiens se réunirent » et par la voix « d’un Docteur de la Loi », ils tendent un piège bien plus subtil. Quel est ce piège ?
Il était de tradition, à cette époque (mais encore aujourd’hui), que les Maîtres résument les prescriptions de la Loi autour d’un commandement central : un condensé de leur théologie, de leur pensée ! Bref, une synthèse originale qui caractérise l’enseignement de chaque Rabbi. L’exercice n’était pas facile !
Sous-entendu, ces messieurs espèrent, bien sûr, que la réponse du Rabbi (de Jésus) sera insuffisante, pas très équilibrée et qu’ils auront ainsi matière à mettre en doute son orthodoxie.
La réponse du Seigneur est éclatante, originale, incroyable ! Elle va devenir plutôt embarrassante pour le docteur, qui se trouve pris à son propre piège, car son attitude est tout, sauf charitable envers lui, envers son prochain !
Curieusement, pour répondre à cette question, Jésus ne se réfère pas à la Loi, c’est-à-dire au Décalogue, mais il rassemble un verset du Deutéronome (Dt 6, 5) et un autre du Lévitique (Lv 19, 18) pour composer un seul précepte, qui selon lui, s’impose inconditionnellement comme étant le « grand commandement ! »
En fait, Jésus déplace la Loi vers son accomplissement dans l’amour. Dans les deux passages convoqués, le programme à mettre en œuvre, consiste à « aimer » !
Par deux fois, ce verbe est proposé au futur, non pas pour indiquer une action à venir, mais pour signifier qu’il s’agit de l’occupation principale, tout au long du chemin, qui conduit au Royaume. Le futur a, ici, valeur d’un impératif, pour aller vers le Royaume où Jésus nous attend, pour avancer vers la résurrection ; un seul mot est important à retenir et à vivre : « aimer » !
L’objet de cet amour est double. Il s’agit d’abord d’aimer « le Seigneur » et de l’aimer dans la radicalité, dans l’engagement de tout notre être. Conjointement et dans l’élan d’un unique amour, nous sommes invités à « aimer notre prochain comme nous-mêmes ».
Jésus précise, aussi, que ces deux commandements sont d’égale importance, et à vrai dire, ils n’en font qu’un, le second étant, effectivement, le lieu de vérification du premier.
Jésus nous invite à respecter une priorité : pour aimer, comme il convient à notre prochain, il nous faut d’abord nous enraciner dans l’amour de Dieu et nous attacher à lui « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée », non pas du bout des lèvres, mais vraiment, réellement.
Ce n’est que lorsque nous serons ainsi totalement décentrés de nous-mêmes vers celui qui est notre Source et notre Fin, que nous pourrons aimer notre prochain « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 23-24). Nous touchons là une difficulté de ces derniers jours, difficultés du monde dans lequel nous sommes, peut-être, tellement autocentrés sur nous-mêmes que nous avons du mal à aimer notre prochain, puisque nous avons du mal à aimer Dieu.
Pour terminer, chers amis, je vous invite vraiment à faire du psaume 17, une prière, votre prière. Prenez le temps au moins de le relire :
« Je t’aime, Seigneur, ma force, mais augmente ma charité ;
Seigneur, mon roc, ma forteresse, je m’appuie sur toi, mais fais grandir ma foi ;
Dieu mon libérateur, mon bouclier, mon arme de victoire,
Je suis sûr de toi, mais arrache-moi à mes peurs !
Accorde-moi dans l’Esprit Saint, l’audace d’une vraie conversion,
Afin qu’en t’aimant plus que tout et en te servant en mes frères, je devienne vraiment ton disciple, témoin crédible de la Bonne Nouvelle du Salut ».
Que ce psaume puisse être aussi votre prière !
Ainsi soit-il !