Homélie du lundi 2 novembre 2026, commémoration de tous les fidèles défunts, année A.
Messe célébrée par le Père Patrick Gaso, église Notre-Dame, Chambéry. Homélie non relue
Évangile selon saint Jean 6, 37-40. Livre de la Sagesse 3,1-9. Psaume 102.
Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 15, 51-57.
Chères familles, chers amis, merci d’être là, ce soir. Cela montre l’attachement, le souci et aussi l’émotion qui sont les vôtres, pour des fidèles défunts, pour les membres de vos familles.
Sans doute, étiez-vous nombreux, hier, pour célébrer la fête de tous les saints, certains connus et d’autres, nombreux, que nous ne connaissons pas ? Après la fête de la Toussaint, hier, fête de tous les saints qui sont déjà au Ciel, en cette journée du 2 novembre, nous faisons mémoire des défunts de nos familles, de notre Paroisse, particulièrement de celles et ceux qui nous sont décédés cette année.
Face à la maladie et à la mort, nous restons bien souvent perplexes et sans réponse : « Pourquoi, Seigneur ? ». Nous le savons bien, l’existence de chacun a eu sa part de joie, mais aussi parfois de souffrance. Nul doute qu’à certains moments, le poids de différents fardeaux a pu être pesant et difficile, tant pour la personne qui souffre que pour celles et ceux qui l’accompagnent (et j’ai une pensée toute particulière pour les aidants, pour ces familles qui ont pris du temps pour accompagner leurs parents). Je pense aussi au monde médical, aux médecins, infirmiers, infirmières qui, par tous les moyens, ont essayé d’aider, et de soulager la souffrance.
La vie, nous le savons, n’est pas un long fleuve tranquille ! Le Christ n’a jamais promis une vie facile ! C’est tout simplement qu’avec Lui, en devenant ses disciples, les moments joyeux, moments de charité et d’entre-aide, mais aussi, la souffrance, le quotidien, la maladie, la mort, tout ce que nous construisons, prend un sens différent et, dans la foi, nous oriente vers la vraie vie !
La question que nous entendons régulièrement : « Comment comprendre cela ? » est une demande que j’entends, personnellement, un grand nombre de fois ! Pourquoi la mort, si nous sommes faits pour la vie ? Nous voyons bien qu’au fond de nous-mêmes, nous ressentons le désir de vivre ! Mort, où est ta victoire ?
Ce que nous pouvons dire, nous le savons bien, c’est que la mort ne fait pas de distinction entre les jeunes et les moins jeunes, les riches et les pauvres ; pas même entre les bons et les mauvais. Peu importe pour la Mort, que l’on soit mère de famille, grand-père attentif, prêtre dévoué ou tout jeune enfant. Quel mystère !
On comprend alors que la mort soit souvent représentée comme une faucheuse, elle qui coupe l’élan de la vie, sans ménagement.
La mort restera toujours un lieu de combat, un lieu de révolte, parfois de résignation. Tout simplement parce que pressentons que nous sommes faits pour être bien plus que la mort !
À ces moments-là, notre logique humaine est comme dépassée si nous réfléchissons avec nos concepts humains ! C’est pourquoi notre espérance chrétienne ne repose pas sur des raisonnements, mais sur un évènement qui est le socle de notre foi : à savoir la Résurrection de Jésus-Christ. Si nous sommes là, si nombreux ce soir, c’est que nous croyons, en tout cas, je l’espère, que le Christ est mort et ressuscité ! Si nous ne le croyons pas, vaine est notre foi.
Oui, le Christ est ressuscité et il nous prépare une place ; comprenons-nous cela dans un élan de foi, un élan d’amour, un élan de confiance en celui qui nous donne et nous promet la Vie ?
Notre logique humaine est sans doute dépassée, je le redis, mais il faut continuer à avancer dans la foi.
Nous accueillons souvent dans cette église de nombreux jeunes, pas forcément baptisés, et qui sont en recherche pour comprendre quel est le sens de la vie, le sens de leurs vies !
Il y a quelques jours, à la fin d’une célébration, un groupe de jeunes était sur le parvis, en train de discuter. L’un d’entre eux m’a posé cette question : Pourquoi prier pour les morts ? À quoi cela peut-il servir ? C’est une question pertinente : pourquoi prier pour les morts, puisqu’ils ne sont plus là ? Ne sont-ils pas déjà au Ciel ?
C’est simple et pourtant, parfois, oublié dans notre société qui, bien souvent, occulte la maladie et la mort ! Si nous prions pour nos défunts, c’est parce que les défunts ont besoin de notre prière. La mort n’efface pas, comme par magie, le mal fait et le péché commis. Rares sont ceux qui, à l’heure de la mort, sont purifiés au point de pouvoir s’immerger directement dans la sainteté de Dieu… et je le dis pour moi-même, déjà.
Le purgatoire est précisément cet état dans lequel les âmes des défunts se purifient. Il n’est pas l’enfer, ce n’est pas non plus une chambre des tortures et encore moins un motif de peur. Le purgatoire n’est qu’une étape, un "sas" de préparation avant d’aller au Paradis comme nous venons de l’entendre dans l’évangile de saint Jean. Il est encore une chance donnée à l’homme pour devenir ainsi apte à entrer au Ciel dans la sainteté de Dieu. Par notre prière, pour les âmes du Purgatoire, nous pouvons porter avec eux, comme une entre-aide, généreuse, délicate, profonde, leur fardeau et même l’alléger, leur permettre de faire ce petit pas de plus vers le Christ qui les attend les bras ouverts.
C’est pourquoi l’Église n’a jamais cessé de prier pour les défunts.
C’est pourquoi nous prions particulièrement pour eux aujourd’hui en demandant, aussi, aux générations suivantes, après notre propre mort, de prier pour nous dans l’attente de notre entrée au Ciel.
La messe de ce soir est une communion entre le ciel et la terre, entre la terre et le ciel.
Nous sommes donc invités, frères et sœurs, à prier pour nos défunts, à prier aussi pour le monde, à prier pour que nous puissions, nous aussi, un jour, entrer dans la vision béatifique de Dieu.
Voilà la grâce que nous pouvons demander ce soir, pour nos fidèles défunts et pour nous-mêmes.
Ainsi soit-il !